- Trois questions suffisent à reconnaître un JHA : faut-il miser quelque chose de valeur, la chance joue-t-elle un rôle (hasard), et peut-on gagner plus que sa mise?
- En 2018, 69 % de la population québécoise de 15 ans et plus avait joué à au moins un JHA dans l'année. Environ 0,7 % des adultes avaient un problème de jeu (environ 2 % des personnes qui jouent).
- Le risque varie selon le jeu : élevé pour les ALV, les jeux de table, le poker et le jeu en ligne, plus faible pour les loteries à tirage.
- Un concours sans achat ou un jeu gratuit sans argent n'est pas un JHA, mais certains en imitent les mécanismes.
Jeu d'argent, jeu de hasard : la définition simple
L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) définit les JHA comme des jeux dans lesquels une personne engage de l'argent ou un autre objet de valeur sur un résultat fondé en tout ou en partie sur le hasard. L'INSPQ ajoute une nuance : il suffit que le hasard compte pour au moins une des personnes qui jouent (INSPQ, « Coup d'œil sur les JHA »[2]). Croire maîtriser le jeu n'y change rien : s'il reste une part de hasard, c'est un JHA.
Pour savoir si une activité en est un, posez-vous ces trois questions. Si la réponse est non à l'une des trois questions, ce n'est en général pas un JHA.
| Critère | La question à se poser | Exemple |
|---|---|---|
| Mise | Faut-il payer, ou risquer quelque chose de valeur, pour participer? | Acheter un gratteux, miser 5 $ sur une partie |
| Hasard | La chance joue-t-elle un rôle, même partiel? | Un tirage, une roue, des cartes distribuées au hasard |
| Gain possible | Peut-on obtenir de l'argent ou un objet de valeur? | Un lot, un prix, un montant payé en cas de victoire |
Les expressions « jeu de hasard », « jeu d'argent » et « JHA » désignent à peu près la même chose. JHA est le sigle utilisé par les organismes de santé publique du Québec. « Jeu de hasard » est le terme du Code criminel.
Ce que dit la loi : la définition juridique
Au Canada, le jeu relève du Code criminel, une loi fédérale. Trois articles servent de base (Justice Canada[1]).
Article 197 : la définition. Un « jeu » est un jeu de hasard, ou un jeu où se mêlent le hasard et l'adresse. Le poker, où les cartes tirées et l'habileté comptent, entre donc dans la définition. Un jeu qui repose seulement sur l'adresse n'y entre pas, mais parier sur son résultat reste un pari au sens du même article.
Article 206 : l'interdit. Mettre sur pied, annoncer ou exploiter une loterie ou un jeu de hasard où les personnes paient pour participer est une infraction. Elle est passible de deux ans d'emprisonnement au plus. Elle peut aussi être jugée selon une procédure plus simple, dite « sommaire », où les peines sont moins lourdes.
Article 207 : les exceptions. Seuls peuvent exploiter une loterie :
- le gouvernement d'une province;
- un organisme de bienfaisance ou religieux titulaire d'une licence provinciale, si le produit sert à ses fins;
- le conseil d'une foire ou d'une exposition titulaire d'une licence;
- dans un lieu d'amusement public, toute personne titulaire d'une licence, si chaque prix ne dépasse pas 500 $ et la mise 2 $.
Les jeux sur ordinateur, sur appareil électronique ou sur appareil à sous restent réservés au gouvernement de la province.
Au Québec, c'est le rôle de Loto-Québec pour les loteries, les casinos, les ALV et le jeu en ligne (Loi sur la Société des loteries du Québec, art. 16). La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) délivre les licences des bingos et des tirages d'organismes. Un site de jeu en ligne sans autorisation québécoise n'a pas ce droit. Sur la légalité des sites, voyez ce que dit la loi sur le jeu en ligne.
Les types de jeux au Québec : qui les offre, combien, quel risque
Le tableau croise trois sources : la loi, le recensement des sites de jeu de mars 2018 publié par l'INSPQ (colonne « Repères »), et une revue de 29 études sur le niveau de risque de chaque jeu, résumée par l'INSPQ en novembre 2025 (colonne « Risque »).
| Type de jeu | Qui peut l'offrir | Repères (Québec, 2018) | Risque selon les études |
|---|---|---|---|
| Billets de loterie (tirages) | Loto-Québec, par des détaillants | 8 575 points de vente pour l'ensemble des loteries | Faible (20 études sur 21) |
| Gratteux (loterie instantanée) | Loto-Québec, par des détaillants | Même réseau de vente | Sans consensus (7 études sur 15 : faible; 6 : élevé; 2 : modéré) |
| Appareils de loterie vidéo (ALV) | Appareils approuvés par Loto-Québec, installés dans des bars, brasseries, tavernes, restaurants et salons de jeu | 1 641 sites, 10 534 places de jeu | Élevé (26 études sur 26) |
| Casino : machines à sous | Loto-Québec | 6 sites, 6 206 places de jeu | Non classées à part; l'INSPQ associe les préjudices aux appareils électroniques de jeu |
| Casino : jeux de table (blackjack, roulette, baccara) | Loto-Québec | 4 sites, 1 088 places de jeu | Élevé (25 études sur 25) |
| Casino : poker | Loto-Québec | 4 sites, 627 places de jeu | Élevé (6 études sur 6) |
| Keno | Loto-Québec (casinos) | 3 sites | Faible (classé avec les loteries à numéros) |
| Bingo | Organismes à but non lucratif titulaires d'une licence de la RACJ | 43 salles, 16 845 places | Sans consensus (5 études sur 8 : faible) |
| Kinzo (jeu de type bingo, en salle) | Établissements franchisés par Loto-Québec | 17 salles | Non classé |
| Paris sportifs | Loto-Québec | Hors recensement | Sans consensus (7 études sur 15 : faible; 4 : modéré; 4 : élevé) |
| Paris sur les courses de chevaux | Règles propres du Code criminel (pari mutuel : l'argent misé forme une cagnotte, partagée entre les gagnants) | 10 sites | Élevé (10 études sur 11) |
| Jeu en ligne | Loto-Québec (site autorisé au Québec) | Hors recensement | Élevé (6 études sur 6) |
| Tirages, moitié-moitié | Organismes de bienfaisance ou religieux titulaires d'une licence | Hors recensement | Non classés |
Ce tableau se lit avec trois précautions.
- « Faible » ne veut pas dire « sans risque ». Les auteurs de la revue rappellent qu'un jeu peu risqué pour chaque personne peut coûter cher à la société quand il est très répandu. Les loteries en sont l'exemple.
- Les ALV portent le risque le plus constant. Selon l'INSPQ, un peu plus de 16 % des personnes qui y jouent présentent un profil de risque modéré ou de « jeu pathologique probable » (catégorie de l'enquête). La fréquence des événements, les mises et la possibilité de jouer sans pause expliqueraient ce constat. Leurs règles et leur répartition dans les bars sont décrites dans la page sur la loterie vidéo.
- Les données de recensement datent de 2018. Le jeu en ligne n'y figure pas, alors qu'il progresse : l'INSPQ le situe à 5 % de la population en 2018 et à 13 % en 2025. Les paris sportifs sont traités sur une page à part.
Les jeux les plus populaires au Québec
En 2018, 69 % de la population québécoise de 15 ans et plus avait joué à au moins un JHA dans l'année, selon l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) (INSPQ[3]). Chez les 18 ans et plus, les jeux les plus répandus étaient les billets de loterie ou de tirage (59 %), les gratteux et les jeux instantanés en ligne (38 %) et les appareils électroniques de jeu (11 %). Jouer ne veut pas dire avoir un problème : environ 0,7 % des adultes en avaient un en 2018 (Williams et coll., 2021). Les autres données, avec leur année et leur source, sont dans la page sur les chiffres du jeu au Québec.
Quel jeu fait gagner de l'argent? Quel jeu gagne le plus souvent?
Aucun jeu ne fait gagner de l'argent à long terme. Chaque jeu est construit pour que l'exploitant garde une part de chaque mise : on parle d'avantage de la maison. Il commence autour de 1 % de chaque mise pour la mise la moins coûteuse du baccara et de 2,7 % à la roulette à un zéro. Il atteint 8 % pour les ALV et dépasse la moitié de la mise pour une grande loterie à tirage. Le tableau complet, jeu par jeu, est détaillé sur une page à part.
« Gagner souvent » ne veut pas dire « gagner de l'argent ». Certains jeux versent de petits gains très fréquents, qui donnent l'impression de bien se débrouiller. D'autres paient rarement de gros lots. Dans les deux cas, la perte moyenne reste proportionnelle aux sommes misées. Un jeu qui coûte peu par dollar misé peut coûter cher en une soirée si l'on mise beaucoup et vite. Il faut donc regarder trois choses : l'avantage, le montant de chaque mise et le nombre de mises.
Ce qui sort de la définition, ou s'en approche
La frontière n'est pas toujours nette. Voici des situations courantes, passées au test des trois critères.
| Situation | Mise? | Hasard? | Gain? | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| Concours publicitaire sans achat ni frais | Non | Oui (tirage) | Oui | Pas un JHA : rien n'est misé |
| Concours où il faut payer ou donner une contrepartie pour participer | Oui | Oui | Oui | Visé par l'article 206 du Code criminel (loterie) |
| Jeu d'adresse sans argent (échecs, jeu vidéo de compétition) | Non | Non | Non | Pas un JHA |
| Jeu d'adresse avec une somme misée sur le résultat | Oui | Non | Oui | Frontière : miser sur le résultat est un pari |
| Lot aléatoire (loot box) d'un jeu vidéo | Oui | Oui | Objet virtuel | Frontière : voir la question sur les jeux gratuits plus bas |
| Jeu de casino gratuit, en monnaie virtuelle (« casino social ») | Non | Oui | Non | Pas un JHA, mais jeu qui en imite les mécanismes |
Trois précisions sur ce tableau.
- Concours publicitaires. Depuis le 27 octobre 2023, la RACJ n'encadre plus les formalités des concours publicitaires au Québec. Les entreprises peuvent toujours en tenir et le public y participer (RACJ[7]). Le Code criminel continue de viser les jeux de hasard où l'on doit payer.
- Jeux d'adresse. Les mises sur des jeux d'habileté existent aussi chez les jeunes : 8 % des élèves du secondaire en rapportaient en 2019 (ETADJES).
- Casinos sociaux. Ces jeux gratuits imitent les machines à sous ou le blackjack, sans argent réel. L'INSPQ note que les simulations et les jeux en argent virtuel peuvent initier au jeu des personnes qui n'y jouaient pas, parfois des mineurs. Ils en donnent une image peu réaliste et peuvent favoriser des erreurs de raisonnement (INSPQ, jeu en ligne, 2018[6]).
Besoin d'aide?
Ces services sont gratuits et confidentiels.
- Jeu : aide et référence : 1 800 461-0140, sans frais, 24 h sur 24 (514 527-0140 à Montréal et environs). Clavardage sur aidejeu.ca[10].
- Info-Social 811 : service de consultation psychosociale, 24 h sur 24. Option 2 pour une demande de services en dépendance.
- 9-8-8 : vous êtes en détresse ou vous pensez au suicide? Le service répond par appel ou texto, 24 h sur 24.
Vos questions
Quelle est la différence entre un jeu de hasard et un jeu d'argent?
Dans l'usage courant, aucune : les deux expressions désignent un jeu dans lequel on risque de l'argent sur un résultat que la chance détermine, au moins en partie. Le Code criminel parle de « jeu de hasard », les organismes de santé publique de « jeux de hasard et d'argent » (JHA).
Le poker relève-t-il du hasard?
En partie. Les cartes reçues relèvent du hasard, et l'habileté joue un rôle. Le Code criminel couvre ces deux cas (art. 197). L'INSPQ range le poker parmi les jeux à risque élevé : 6 études sur 6 le classent ainsi.
Quels sont les jeux les plus populaires au Québec?
Chez les 18 ans et plus, selon les données de 2018 : les billets de loterie (59 %), les gratteux et jeux instantanés en ligne (38 %) et les appareils électroniques de jeu (11 %). Le jeu en ligne a progressé depuis : 13 % en 2025 selon l'INSPQ.
Un jeu gratuit, sans argent, est-il un jeu de hasard et d'argent?
Non : sans mise, il manque un critère. Mais ces jeux peuvent reproduire les mécanismes d'un jeu d'argent et familiariser les jeunes avec eux. Pour les lots aléatoires achetés dans un jeu vidéo, voir la page sur les loot boxes (lots aléatoires).
Sources
- Code criminel (L.R.C. 1985, ch. C-46), articles 197, 206 et 207, Justice Canada, consultés le 28 octobre 2026 : https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/section-197.html, https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/section-206.html et https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/section-207.html
- INSPQ, « Coup d'œil sur les JHA » (définition, prévalence, recensement des sites de 2018, mode de gestion), mise à jour du 1er décembre 2025 : https://www.inspq.qc.ca/jeux-de-hasard-et-d-argent/sante
- INSPQ, « Participation à des jeux de hasard et d'argent chez la population générale » (ESCC 2018), mise à jour du 24 mai 2024 : https://www.inspq.qc.ca/jeux-de-hasard-et-d-argent/donnees/participation-population-generale
- INSPQ, « Participation à des jeux de hasard et d'argent chez les jeunes du secondaire » (ETADJES 2019) : https://www.inspq.qc.ca/jeux-de-hasard-et-d-argent/donnees/participation-jeunes-secondaire
- INSPQ, Veille analytique : Jeux de hasard et d'argent, novembre 2025, vol. 2, n° 1 (résumé de Kovařík et Fiedor, 2025, Current Addiction Reports) : https://www.inspq.qc.ca/jeux-de-hasard-et-d-argent/veille/novembre-2025
- INSPQ, Les préjudices liés aux jeux de hasard et d'argent en ligne, 2018 : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2459_prejudices_jeux_hasard_argent_en_ligne.pdf
- RACJ, « Organisateur de concours publicitaires » (fin de l'encadrement le 27 octobre 2023) : https://www.racj.gouv.qc.ca/actualiser-lencadrement-de-la-vente-et-de-la-fabrication-dalcool-et-mettre-fin-a-celui-des-concours-publicitaires/organisateur-de-concours-publicitaires
- Loi sur la Société des loteries du Québec, chapitre S-13.1, article 16, LégisQuébec : https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/S-13.1
- Williams, R. J. et coll., « Gambling and Problem Gambling in Canada in 2018: Prevalence and Changes Since 2002 », Canadian Journal of Psychiatry, vol. 66, n° 5, 2021, p. 485-494 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8107954/
- Jeu : aide et référence : https://www.aidejeu.ca/
- Québec.ca, Info-Social 811 : https://www.quebec.ca/sante/trouver-une-ressource/info-social-811
- 9-8-8, ligne d'aide en cas de crise de suicide : https://988.ca/fr

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