- Québec.ca parle de comportement à risque et de trouble lié à la pratique du jeu.
- Le DSM-5, manuel de diagnostic de l'American Psychiatric Association, exige 4 critères sur 9 présents pendant 12 mois. Seul un professionnel de la santé peut poser ce diagnostic.
- Les appareils électroniques de jeu et le jeu sur Internet sont associés à des préjudices plus importants, selon l'INSPQ.
- Parler de son jeu à une personne formée est gratuit et confidentiel : 1 800 461-0140, 24 h sur 24.
Qu'est-ce que le trouble lié au jeu?
Perte de contrôle et conséquences
Jouer à la loterie, au bingo, aux appareils de loterie vidéo ou aux cartes entre amis est un divertissement pour la plupart des gens, rappelle Québec.ca[1]. La pratique peut toutefois nuire à plusieurs aspects de la vie et mener à un trouble lié au jeu.
Le trouble tient moins à ce qu'on joue qu'à ce que le jeu fait à la personne : perte de contrôle, dommages.
Les autres noms du trouble
On parle aussi de jeu pathologique, de ludopathie ou de dépendance au jeu. Ce site emploie « trouble lié au jeu », une expression proche du vocabulaire de Québec.ca.
Dans le DSM-5, ce trouble figure dans le chapitre des troubles liés à des substances et des troubles addictifs (American Psychiatric Association, 2013). Une dépendance peut donc exister sans qu'aucune substance soit en cause.
Les critères du DSM-5
Le DSM-5 décrit ce trouble à l'aide de 9 critères. Pour poser un diagnostic, un professionnel de la santé doit en repérer au moins 4 sur une période de 12 mois. Les formulations ci-dessous sont un résumé de la rédaction.
- Il faut miser davantage pour retrouver le même frisson.
- Nervosité ou irritabilité dès qu'on essaie de jouer moins ou d'arrêter.
- Plusieurs tentatives infructueuses de limiter ou d'abandonner le jeu.
- Le jeu occupe l'esprit : souvenirs de parties passées, anticipation des prochaines, recherche d'argent pour jouer.
- On joue surtout quand le moral est bas : sentiment d'impuissance, culpabilité, anxiété, dépression.
- On revient jouer un autre jour pour récupérer ses pertes.
- On cache l'ampleur de son jeu en mentant.
- Le jeu met en danger, ou fait perdre, une relation importante, un emploi, des études ou une possibilité de carrière.
- On compte sur d'autres personnes pour renflouer des finances devenues précaires à cause du jeu.
Le nombre de critères présents indique la gravité :
| Critères présents | Gravité |
|---|---|
| 4 à 5 | Légère |
| 6 à 7 | Moyenne |
| 8 à 9 | Grave |
Ces critères servent à un professionnel de la santé. Ils ne remplacent pas son évaluation.
Les signes : un tableau pour s'y retrouver
Québec.ca énumère 10 signes d'un comportement à risque. Le tableau les regroupe par domaine de vie et propose des pistes de lecture. Un seul signe ne prouve rien. Plusieurs signes qui durent méritent une conversation avec une personne intervenante.
| Domaine | Signe observable | Piste de lecture |
|---|---|---|
| Argent | Augmenter ses mises pour ressentir le même effet | Peut indiquer une tolérance qui s'installe, comme dans d'autres dépendances (critère 1 du DSM-5) |
| Argent | Rejouer pour récupérer ses pertes | Peut indiquer que le jeu sert à effacer une perte plutôt qu'à se divertir (critère 6) |
| Argent | Compter sur les autres pour régler des difficultés financières liées au jeu | Peut indiquer que la situation dépasse les moyens de la personne (critère 9) |
| Argent | Poser des gestes illégaux pour financer le jeu | Signe de gravité selon Québec.ca; le DSM-5 ne le retient plus comme critère |
| Temps | Penser sans cesse au jeu | Peut indiquer que le jeu prend toute la place dans les pensées (critère 4) |
| Temps | Mettre ses études ou son travail en péril | Peut indiquer que le jeu entre en concurrence avec les obligations (critère 8) |
| Émotions | Jouer pour fuir ses difficultés ou calmer son anxiété | Peut indiquer que le jeu sert à gérer les émotions (critère 5) |
| Émotions | Devenir agité ou irritable en essayant de jouer moins | Peut indiquer un état de manque, comme dans une dépendance (critère 2) |
| Émotions | Peiner à s'arrêter, à jouer moins ou à respecter ses limites | Peut indiquer que la personne n'arrive plus à limiter son jeu par ses propres moyens (critère 3) |
| Relations | Mentir à ses proches sur l'importance du jeu | Peut s'accompagner de honte ou de la peur d'être jugé (critère 7) |
| Relations | Mettre des relations importantes en péril | Peut indiquer que les proches subissent les conséquences, parfois avant la personne (critère 8) |
Sources : Québec.ca[1] (mise à jour le 19 décembre 2023) et critères du DSM-5 (American Psychiatric Association). Le classement par domaine et la colonne « Piste de lecture » sont ceux de la rédaction.
Jeu à faible risque, jeu à risque, trouble : où est la limite?
Il n'existe pas de frontière nette. On distingue plutôt trois zones, avec des repères canadiens.
Le jeu à faible risque : trois limites chiffrées
Les Lignes directrices sur les habitudes de jeu à moindre risque[6], publiées en 2021 par le Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances (CCDUS), fixent trois limites à respecter ensemble :
- ne pas jouer plus de 1 % du revenu annuel du ménage avant impôts;
- jouer 4 jours par mois au maximum;
- ne pas jouer régulièrement à plus de 2 formes de jeu.
Pour calculer le montant mensuel, on multiplie le revenu annuel par 1 %, puis on divise par 12. Pour un revenu de 70 000 $, le CCDUS donne 58 $ par mois (70 000 × 0,01 = 700 $; 700 ÷ 12 ≈ 58 $). Le calcul pour neuf revenus et une méthode pour bâtir un budget de jeu sont dans la page sur les limites de temps et d'argent.
| Revenu annuel du ménage avant impôts | Limite annuelle (1 %) | Limite mensuelle (÷ 12) |
|---|---|---|
| 40 000 $ | 400 $ | environ 33 $ |
| 70 000 $ | 700 $ | environ 58 $ |
| 100 000 $ | 1 000 $ | environ 83 $ |
Ces limites peuvent ne pas convenir si une personne a des problèmes de consommation d'alcool, de cannabis ou d'autres substances, de l'anxiété ou une dépression, ou encore des problèmes de jeu dans son passé ou dans sa famille. Dans ces cas, le CCDUS conseille des limites plus strictes ou de s'abstenir.
Le jeu à risque : l'ICJE
L'ICJE (Indice canadien du jeu excessif) est un questionnaire de 9 questions, noté de 0 à 27, qui sert dans les enquêtes canadiennes sur le jeu. Statistique Canada en reprend les catégories dans un article de 2022[4] :
| Score à l'ICJE | Catégorie |
|---|---|
| 0 | Sans problème |
| 1 ou 2 | Risque faible |
| 3 à 7 | Risque modéré |
| 8 et plus | Risque élevé |
Pour faire le point sur votre situation, une personne intervenante de Jeu : aide et référence peut vous écouter, gratuitement et en toute confidentialité.
Le trouble
Au-delà de ces repères statistiques, le diagnostic revient à un professionnel de la santé (DSM-5 : au moins 4 critères sur 12 mois). L'ICJE et le DSM-5 sont deux outils différents : un score élevé à l'un ne vaut pas diagnostic.
Qui est touché au Québec?
Les chiffres de prévalence
Chaque chiffre porte sur une base précise, indiquée dans la deuxième colonne.
| Mesure | Base et chiffre | Source |
|---|---|---|
| Risque modéré ou élevé (ICJE de 3 et plus) | 1,9 % des 15 ans et plus qui jouent au Québec, en 2018 (estimation à utiliser avec prudence) | Statistique Canada[4], ESCC 2018 |
| Jeu problématique et jeu à risque | 0,7 % et 2,2 % de l'ensemble des adultes québécois (18 ans et plus), en 2018 | Williams et coll. (2021)[5], ESCC 2018 |
| Risque modéré ou plus | Un peu plus de 16 % des personnes qui jouent aux appareils de loterie vidéo | INSPQ[2], d'après l'enquête ENHJEU Québec (Kairouz, Nadeau et Robillard, 2014) |
| Problèmes de jeu | 23 % des personnes qui jouent en ligne, contre 2 % de l'ensemble des 4,2 millions de personnes qui jouent au Québec, en 2018 | INSPQ[3] (2018) |
Les chiffres diffèrent parce que les enquêtes n'emploient pas les mêmes seuils, les mêmes groupes d'âge ni les mêmes bases (population entière ou personnes qui jouent). L'ordre de grandeur reste le même : quelques pour cent, et beaucoup plus chez les adeptes de certains jeux.
Les profils les plus touchés
Statistique Canada (2022[4], données de 2018) mesure la part des personnes qui jouent et qui sont à risque modéré ou élevé, selon le profil. Les chiffres portent sur l'ensemble du Canada, sauf indication contraire.
| Profil | Part à risque modéré ou élevé |
|---|---|
| Sexe | 2,0 % des hommes et 1,2 % des femmes; au Québec, 2,8 % des hommes et 1,0 % des femmes (estimations à utiliser avec prudence) |
| Revenu du ménage | 2,7 % dans le cinquième au revenu le plus bas, 1,1 % dans le cinquième le plus élevé |
| Situation conjugale | 3,4 % des personnes séparées ou divorcées, 1,1 % des personnes mariées ou en union libre |
| Nombre de types de jeu | 0,5 % pour un seul type de jeu, 7,3 % pour quatre types ou plus |
L'INSPQ note aussi que, parmi les personnes qui rapportent un problème de jeu, on trouve proportionnellement plus de personnes sans emploi, peu scolarisées ou vivant dans un ménage à faible revenu. Chez les personnes aînées, les pertes se rattrapent plus rarement et certains médicaments peuvent jouer un rôle.
Les jeux les plus associés aux problèmes
Selon l'INSPQ, les appareils électroniques de jeu et le jeu sur Internet sont associés à des préjudices plus importants, car ce sont des formats continus qui favorisent la dépense et l'immersion. La part du jeu en ligne est passée de 1,5 % en 2012 à 5 % en 2018, puis à 13 % en 2025, d'après la même page. La page sur le fonctionnement de la machine à sous explique pourquoi ces formats retiennent si longtemps. Le calcul des chances de gagner à la loterie montre l'autre versant : des jeux peu risqués ponctuellement, mais très coûteux en répétition. Pour vous éloigner des casinos et du jeu en ligne de Loto-Québec, l'autoexclusion est une démarche gratuite. Les paris sportifs ont leurs propres mécanismes.
Que faire si vous vous reconnaissez?
- Notez, pendant deux semaines, ce que vous jouez, combien et dans quel état d'esprit. Une fiche de suivi à imprimer prévoit date, jeu, mise, gain et durée.
- Comparez vos chiffres aux trois limites du CCDUS ci-dessus.
- Si plusieurs signes du tableau vous concernent, appelez Jeu : aide et référence. L'appel est gratuit et confidentiel.
- Pour un suivi, l'établissement Santé Québec de votre région vous dirige vers un centre de réadaptation en dépendance : consultez la liste des centres de réadaptation par région.
Les traitements gratuits et ce qu'en disent les études sont présentés dans une autre page. Si c'est une personne de votre entourage qui se reconnaît dans ces signes, voyez comment aider un proche qui joue trop.
- Jeu : aide et référence : 1 800 461-0140 (sans frais), 514 527-0140 (région de Montréal), 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Gratuit et confidentiel.
- Info-Social 811 : en tout temps, pour parler à un professionnel en intervention psychosociale.
- 9-8-8 : vous êtes en détresse ou vous pensez au suicide? Le 9-8-8 répond par appel ou texto, jour et nuit.
Questions fréquentes
Peut-on avoir un trouble lié au jeu sans jouer tous les jours?
Oui. Les critères du DSM-5 portent sur la perte de contrôle et sur les conséquences, non sur la fréquence. Une personne peut jouer surtout certains jours (fin de semaine, jour de paie) et subir de lourds dommages.
Un questionnaire en ligne peut-il confirmer que j'ai un trouble?
Non. Un questionnaire comme l'ICJE situe un niveau de risque. Seul un professionnel de la santé peut poser un diagnostic, à partir des critères du DSM-5. Pour faire le point sans score, répondez à notre test de jeu excessif.
Sources
- Québec.ca, « Reconnaître un comportement à risque lié à la pratique des jeux de hasard et d'argent » (mise à jour le 19 décembre 2023) : https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/alcool-drogues-jeu/reconnaitre-un-trouble-lie-a-la-pratique-du-jeu
- INSPQ, « Coup d'œil sur les jeux de hasard et d'argent » (mise à jour le 1er décembre 2025) : https://www.inspq.qc.ca/jeux-de-hasard-et-d-argent-et-sante
- INSPQ, « Les préjudices liés aux jeux de hasard et d'argent en ligne » (2018) : https://www.inspq.qc.ca/publications/2459
- Statistique Canada, Rotermann et Gilmour, « Qui joue à des jeux de hasard et qui éprouve des problèmes de jeu au Canada », Regards sur la société canadienne (9 août 2022) : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/75-006-x/2022001/article/00006-fra.htm
- Williams et coll., « Gambling and Problem Gambling in Canada in 2018 », Revue canadienne de psychiatrie (2021) : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8107954/
- CCDUS, Lignes directrices sur les habitudes de jeu à moindre risque (2021) : https://www.gamblingguidelines.ca/fr/quelles-sont-les-lignes-directrices/
- American Psychiatric Association, DSM-5, trouble lié au jeu d'argent (2013)

Dépendance au jeu
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